fleuryfontaine.fr/contouring, 2016, impressions numériques, site internet

Les artistes Antoine Fontaine et Galdric Fleury sont diplômés de l'Ecole Nationale Supérieure d’Arts de Paris-Cergy. Très vite, ils commencent à travailler ensemble et décident de former le duo fleuryfontaine. A travers leurs oeuvres, Antoine et Galdric tentent d’apporter une réflexion sur la portée et les enjeux des médias et nouvelles technologies sur notre société et sur la façon dont ceux-ci influent dans nos rapport à notre environnement. Rencontre.

A quand remonte votre collaboration ? Comment vous êtes vous rencontrés ?

Nous nous sommes rencontrés en première année d'études d'architecture et nous avons tout de suite sympathisé. Durant tout notre cursus que nous avons mené à son terme, nous avons travaillé ensemble à quelques reprises sur des projets architecturaux, mais aussi au sein d'un collectif qui réalisait des installations sonores lors de festivals tels que City Sonic notamment. Puis, après quelques années passées à travailler en agence d'architecture, chacun de notre côté, il nous a semblé que nous nous éloignions de tout ce qui nous avait plu à l'école et dans notre collectif et que finalement on avait peut-être envie de faire de l'art. Nous nous sommes donc décidés à reprendre des études en école d'art et à démarrer une collaboration à deux sur cette base. Cergy nous a ouvert les bras et tout a commencé, à nouveau.

Pourquoi avoir choisi de travailler en duo ? Quels sont les avantages ? Les inconvénients ?

Après quelques travaux en collectif, on s'est rendus compte que quand on bossait tous les deux ça marchait, tout simplement. Nos discussions sont riches, nos domaines de compétences se recoupent et se complètent, et notre niveau d'exigence mutuel nous amène toujours un résultat convaincant, en tout cas de notre point de vue. C'est probablement une déformation de l'école d'archi ou on est habitués très vite à bosser en groupe, mais ça ne nous a jamais quitté.

Les inconvénients, ils découlent tout simplement des avantages du travail à deux. Tout doit être argumenté, discuté, réfléchi, approuvé des deux côtés. C'est passionnant et parfois agaçant, on se dit qu'on irait plus vite tout seul. De même pour les questions d’ego (que nous avons tous deux démesurés), travailler à deux c'est tout partager, les déceptions, mais aussi les lauriers.

You Can't Stay Up On The Roof Forever, 2016, jeu vidéo procédural

Y a-t-il un mouvement artistique qui vous plaît en particulier, des artistes qui vous inspirent ? Des œuvres en particulier ?

Nous allons chercher nos influences partout, mais pas seulement chez les autres artistes à proprement parler. L'architecture, forcément, la littérature, les jeux vidéos, c'est le terreau de notre pratique. Des jeux comme Stanley Parable de Galactic Cafe ou encore Inside de Playdead, sont très stimulants pour nous, ne serai-ce parce qu'ils bouleversent les frontières entre pur objet artistique, jeu, film. Et quand nous nous rendons à la Punta della Dogana a Venise, c'est autant pour l'architecture de Tadao Ando que pour la collection de Pinault.

Beaucoup d'artistes nous inspirent également mais pour des raisons parfois très diverses, c'est aussi pourquoi nous n'avons pas vraiment de courant, ou de mouvement auquel nous rattacher. De General Idea pour leur trio et leur humour, à Pierre Huygues pour l'éventail des médiums qu'il utilise, en passant par Hito Steyerl pour l'ampleur de sa réflexion et son engagement, on aimerait prendre des petits bouts de chacun d'eux et se tailler un beau costume avec ça.

Si vous deviez partager un atelier avec un seul artiste (connu, inconnu, mort) ?

Nous partageons déjà un atelier à Ivry sur Seine avec beaucoup d'amis artistes très talentueux, nos attentes sont comblées de ce point de vue là.

Quelles sont les principales thématiques que vous abordez dans votre travail ?

La question du numérique en général et tout ce qu'il sous-tend nous intéresse principalement. Comment il change nos vies, nos habitudes, notre perception de la réalité, ce qu'il recèle de profondément politique, selon qu'on l'utilise de telle ou telle manière. C'est une question cruciale pour nous car il nous semble que nous vivons un moment charnière de notre histoire ou un virage doit être négocié et que pour le réussir il faut bien comprendre ce qu'on a entre les mains : un poison ou un remède ?, pour paraphraser Bernard Stiegler. Les deux bien sur, c'est justement pour cela que cette thématique est passionnante.

Partant de là et comme le disait Xavier de la Porte à propos de Place de la Toile, le magazine du numérique qu'il animait sur France Inter : avec le numérique on peut parler de tout. Pour nous ce sera donc la guerre des drones, les big data, le trading à haute fréquence, la surveillance globale, l'explosion des identités, l'indexation du territoire, avec toujours en toile de fond, l'idée de la mémoire écrite, des tablettes de cire aux data centers, en vue de l'organisation du vivant, comme du mort, du passé, du présent comme du futur, du monde.

Forever Young, 2016, silicone, aluminium, dimensions variables

Travailler sur le numérique vous « empêche-t-il » de toucher à d’autres pratiques plus « traditionnelles » (dessin, peinture, …) ?

Par rapport à tout ce que nous avons expliqué plus haut, il est évident pour nous qu'il faille utiliser des outils numériques pour décortiquer le monde dans lequel nous vivons, évoquer nos idées, notre position, nos sensations vis-à-vis de tout cela. Néanmoins, nous ne interdisons aucun médium pour les exprimer, et il arrive très souvent que nous le fassions en sculpture, installation, film, performance. Pour l'instant nous ne nous sommes pas attaqués au dessin et à la peinture, au sens traditionnel du terme, mais le jour ou l'un ou l'autre nous semblera le moyen le plus fort et le plus direct vers une de nos envies, nous ne nous en priverons pas.

Comment s’est déroulée votre collaboration avec le Centre Pompidou dans le cadre du festival Hors Piste ? Que retirez-vous de cette expérience ?

Cette expérience fut très enrichissante, tout d'abord parce que c'était la première fois que nous développions un environnement interactif avec Unity 3D, ensuite parce que nous étions nombreux à travailler sur ce projet ambitieux, qui donna même à la fin une performance en live dans ce même environnement, avec 5 joueurs et 2 musiciens. On a bien cru que le Centre Pompidou nous rachèterait la pièce et puis pour des raisons de droits à l'image, ils ont fini par se rétracter.

Les Présidents, 2015, impression jet d'encre sur papier

La place du numérique dans l’art contemporain ?

Le numérique suscite de plus en plus d'intérêt, nous baignons tous dedans, pourtant l'art contemporain l'aime encore particulièrement sous une forme matérielle, ce qui est assez paradoxal. Encore une fois, c'est aussi ce qui rend ce sujet passionnant, à savoir comment passer de l'écran d'ordinateur à la matérialité, ne serait-ce que pour rendre visible nos travaux au public.

Quelle importance accordez-vous à la technique, au médium ?

Le médium nous guide dans nos choix et nous aide à prendre beaucoup de décisions que ni l'un ni l'autre sommes parfois capables de trancher. Comme nous le disions plus haut, nous utilisons beaucoup de médiums différents, même numériquement, selon que l'on veut parler de telle ou telle chose. Le médium compte beaucoup pour nous, même si il vient souvent après cette chose qui nous tient à cœur. En tout cas il en découle.

Quant-à la technique elle compte aussi beaucoup même si elle peut selon nous représenter un danger, un écueil un peu trop confortable, c'est pourquoi nous aimons à élargir notre pratique vers des domaines très variés, que nous maîtrisons parfois moins bien que d'autres, voire très peu, ce qui les rends tout autant excitants. C'est aussi à ces occasions que nous collaborons avec d'autres personnes, souvent des amis capables de nous aider.

Thêatre des Opérations, techniques mixtes, 2015, Jeune création, Galerie Thaddaeus Ropac 

Vous avez participé à Jeune Création ainsi qu’au Salon de Montrouge. Comment se sont passées ces deux collaborations ? Quel avis vous faites-vous des foires depuis ? Et des prix dédiés aux artistes émergents en général ?

Nous gardons un très bon souvenir des deux. Même si les deux événements sont assez différents sur de nombreux aspect, nous y avons fait à chaque fois de belles rencontres, parfois pendant, parfois après, avec des projets et des partenariats qui en ont découlé. Beaucoup de gens sont venus naturellement vers nous suite à cela et c'est l’avantage majeur de ce type de salons qui sont très fréquentés tout en permettant des facilités d'approches entre le public et les exposants.

Les prix restent au final assez secondaires, et nous ne nous sentons pas très à l'aise face à la compétition qui s'installe entre les artistes qui ont déjà passés moultes sélections et sont de toute façon très heureux d'exposer. La somme des prix devrait être répartie entre tous les exposants, tout simplement comme salaire et non comme récompense pour un ou deux élus. Mais nous avons peut-être aussi ce sentiment parce que nous ne les gagnons quasiment jamais.

Bière ou petits fours lors d’un vernissage ?

Les deux, merci.

Une dernière œuvre à voir avant de mourir ?

Le prochain travail de fleuryfontaine.

Vous avez la possibilité de passer une nuit dans une des salles d’un grand musée (français ou étranger). Lequel choisissez-vous ?

La Galerie d'Anatomie Comparée du Museum d'Histoire Naturelle de Paris, pour se faire peur.

Une personne pour faire un(e) nue en photo/peinture/sculpture qui vous inspirerait ?

Un scan numérique de Jean Christophe Victor, le magna du Dessous des Cartes.

Merci à vous deux !

fleuryfontaine.fr

Texte et propos recueillis par Lisa Toubas