Après un passage à l’Atelier de Sèvres, Kinu Kamura a suivi une formation à la Parsons New School of Design à Paris ainsi qu’à la Central Saint Martins à Londres d’où elle sort diplômée en 2011. Bien qu’ayant toujours été attirée par une esthétique épurée, sobre et brute inspirée du minimalisme, de l’Arte Povera ou encore du mouvement Mono Ha, c’est vers une explosion de la couleur maitrisée que Kinu Kamura a orienté sa pratique. Petit à petit, son travail sur la couleur s’associe à celui centré sur la forme et ce, jusqu’à l’exercice plus complet de la composition.

Peux-tu nous présenter un peu ton parcours ? Pourquoi avoir choisi de suivre une formation dans plusieurs écoles différentes ?

Après ma prépa d’art à l’Atelier de Sèvres, je suis entrée à la Parsons à Paris où je suis restée pendant une année. J’avais en tête de poursuivre mes études à New York en effectuant un transfert en cours d’année dans l’école « mère », mais c’est finalement à Londres que j’ai atterri, à la Central Saint Martins. Ce fut une expérience très enrichissante car j’ai pu bénéficier d’un enseignement artistique plus conceptuel et plus libre que dans une institution américaine. L’approche de l’art en Europe (en tout cas dans le cadre de l’enseignement) est très différente de celle faite aux Etats-Unis. C’est surtout pour cette raison que j’ai souhaité expérimenter les deux.

Que signifie pour toi être artiste ? Et jeune artiste ?

Etre artiste est pour moi, c’est avoir cette capacité à réaliser et concrétiser une idée bien précise. L’étape suivante serait de la partager et de communiquer dessus, puis de pouvoir en vivre afin de ne jamais s’arrêter de créer. Etre jeune artiste c’est je pense, en plus de tout cela, être son propre agent.

La tête dans Soulages © Kinu Kamura

Te souviens-tu de la toute première œuvre que tu aies faite ? L’as-tu gardée ?

C’était une huile sur une toile de petite taille. Il ne s’agissait que de quatre ou cinq traits de couleurs appliqués au couteau sur un fond blanc. J’étais très jeune lorsque je l’ai réalisé, je me souviens que mes parents m’avaient emmené voir une rétrospective sur Kandinsky. En rentrant, j’ai essayé de peindre « à sa manière ». Il me semble l’avoir conservée.

As-tu déjà dû partager un atelier avec un(e) autre artiste ? As-tu une anecdote à nous raconter à ce sujet ?

Les seuls ateliers partagés étaient ceux des écoles que j’ai fréquentées. A la Central Saint Martins, nous étions dans un open space pour la « 3D » et il y régnait un « joyeux bordel » plutôt cool ! Les trouvailles de chacun s’entassaient un peu partout, c’était très convivial.

Venice © Kinu Kamura

Quelles thématiques abordes-tu dans ton travail ? Quelle place occupe la couleur dans ta pratique ?

Depuis quelques années, je dirai que mon travail a subi une sorte de « mutation esthétique ». Mes paysages figuratifs et oniriques se sont transformés en des formes plus ou moins géométriques aux couleurs et « motifs » colorés. En effet, mon travail sur la simplification des formes s’est associé à celui de la couleur, puis à un travail plus poussé autour de la composition. Je m’efforce d’exploiter en profondeur les potentiels purement artistiques, picturaux, et plastiques de ces derniers. Quant  à la couleur, très présente dans ma production, est un élément tout aussi important que le reste. Celle-ci vient construire, équilibrer et harmoniser l’ensemble de mes compositions.

Selon toi, faut-il être expérimenté pour créer ?

Je pense que la technique n’est pas indispensable à la création. En revanche, il est impératif que le travail soit abouti, soigné et donc professionnel.

Une exposition coup de cœur ? En galerie ou en musée ?

Anselm Kiefer au Centre Pompidou : je trouve que ses toiles monumentales sont époustouflantes. Je pense aussi au musée Picasso qui a ré-ouvert ses portes récemment et qui m’a beaucoup marqué. Mais il m’est impossible de décrire précisément ce que j’aime dans son travail. C’est un tout : le personnage, son travail ainsi que son histoire me fascinent.

As-tu un outil fétiche ou porte-bonheur ? Le premier pinceau que tu aies utilisé par exemple ?

Non. Je fais attention à mes outils de travail mais rien de plus !

Bel-Air © Kinu Kamura

La gloire et un travail non assumé ou l’oubli et l’accord avec toi même ?

Ni l’un, ni l’autre. Il faut savoir être flexible sans pour autant être hypocrite dans son travail. Je pense qu’il est très difficile, voire même impossible de créer sans porter un minimum d’intérêt à ce que l’on fait.

Une dernière œuvre à voir avant de mourir ?

J’aimerais avoir l’opportunité de voir une des œuvres de Christo et Jeanne Claude. Je pense notamment aux projets « Valley Curtain » ou encore « Wrapped Coast ». Je regrette de ne pas avoir pu me rendre au lac d’Iseo pour voir leur dernière œuvre « The Floating Piers ».

Si tu devais définir l’art en quelques mots ?

Rude, intransigeant et génial (au sens propre du terme).

Si tu n'avais pas été artiste, qu’aurais-tu fait ?

La cuisine ! L’amour de la cuisine et de son partage m’a été transmis par mon père, et je compte bien le transmettre à mon tour.

Merci Kinu !

Texte et propos recueillis par Lisa Toubas

kinukamura.com