Aurélien Vret, jeune artiste diplômé de l'École supérieure des Beaux-Arts de Toulouse, centre son travail sur l’outil numérique et sur la façon dont celui-ci peut interagir avec les pratiques artistiques traditionnelles. Par un travail de prospection et de transcription, l'artiste s'interroge sur le traitement et la standardisation des images numériques. Rencontre.

Qu’est-ce qui t’a poussé vers la création ?

J’ai commencé à m’intéresser à l’Histoire de l’art et aux arts plastiques en entrant dans un Lycée spécialisé en Arts appliqués. Au cours de ma formation, j’ai eu l’occasion de visiter de nombreuses expositions notamment au Centre Georges Pompidou, au Palais de Tokyo, ainsi qu’au Musée du Louvre. Une fois entré à l’Institut Supérieur des Arts de Toulouse (l'isdaT), j’ai souhaité conserver un lien avec les arts appliqués en faisant de la typographie. J’aime cette circulation des idées entre les différents médiums et pratiques plutôt que de me cantonner à une seule et même chose.

Y a-t-il un mouvement qui te plaît, t’inspire ? Des artistes ?

Je m’intéresse beaucoup aux mouvements Constructivistes et à « De Stijl ». Contrairement à ce qui se faisait à l’intérieur du Bauhaus, les artistes de ces courants ont réussi  à faire dialoguer habilement la peinture, l’architecture, la typographie et le design. J’aime aussi le travail d’artistes tels que Gerhard Richter, Sol LeWitt, Lawrence Weiner, On Kawara, Stephane Dafflon, Bernd et Hilla Becher, Stephen Shore mais aussi d’artistes de ma génération comme Oliver Laric ou Guillaume Bresson.

Cas Oorthuys, Atelier de Mondrian, Boulevard Raspail, Paris, été 1937

Si tu devais partager un atelier avec un seul artiste (connu, inconnu, mort) ?

Marcel Duchamp pour jouer aux échecs.

Ta « playlist » artistique ?

Blockhead, Aphex Twin, Brian Eno, Gustave Mahler, Guillaume Dufay, Travis Scott, Noir Désir, Tricky, font partie des groupes qui m’inspirent.

Existe-t-il des artistes avec lesquels tu aimerais collaborer ?

Oui, je pense notamment à Jürg Lehni : je suis très attentif à ses recherches sur le dessin vectoriel programmé en langage de script (Sriptographer, Paper Js).

Aluminosilicate de sodium polysulfuré, sulfo-seleniure de cadmium & sulfate de cadmium et zinc, 1 m 30 × 81 cm, typographie numérique et acrylique sur toile, 2015 © Aurélien Vret

Quels sont les thèmes abordés dans ton travail ? As-tu une prédilection pour ces thématiques ou bien te laisses-tu guidé par d’autres motivations ?

Je travaille essentiellement sur les formes contemporaines de la modernité. Je m’efforce d’aborder ce thème de différentes manières en fonction des projets artistiques que je décide de créer. Par exemple, pour les peintures de ma série « Nuits Synthétiques », l’influence de la globalisation se fait sentir dans les images que je capte mais aussi dans ma façon de les organiser. J’aime peindre des lieux et des événements très localisés mais qui une fois intégrés dans un ensemble plus large peuvent être organisés en réseau au sein du même projet. L’influence du numérique prend une dimension toute singulière car il peut en même temps servir d’outil pour créer des œuvres, mais aussi de régulateur d’un grand nombre d’activités humaines que je représente dans mon travail. Pour d’autres œuvres, avec les séries de « Colour Index » notamment, je m’approprie des outils de standardisation et de classification servant à nommer les pigments que je réutilise pour réaliser mes peintures. J’aime travailler sur ces phénomènes complexes présents dans l’industrie, la science, ou dans les technologies de l'information et de la communication et qui nous touchent dans notre environnement quotidien.

08/07/2014, 1 m × 70 cm, vinyle sur toile noire, 2015 © Aurélien Vret

Quelle place accordes-tu à la technique, au médium ?

Qu’il s’agisse de médiums traditionnels (peinture ou dessin) ou plus contemporains, j’accorde à la technique la place qui est la sienne : c’est, à mon sens, un moyen d’expression qui a ses possibilités mais aussi ses limites. La technique ou le choix des médiums est inséparable des idées et des contenus qu’ils délivrent. Il est impossible pour moi de choisir entre les deux. Dans mon travail, le fond et la forme sont imbriqués : j’accorde autant d’importance à ces deux aspects. Un procédé va pouvoir être à l’origine d’une œuvre et la faire naitre, parfois c’est l’idée même qui va me pousser à trouver la bonne technique.

Quel est le point de départ de toutes tes œuvres ? Est-ce que tu as construit une méthode ? 

A l’origine de mon travail, il y a toujours soit une idée, soit un procédé. J’ai pour habitude de produire un certain nombre d’œuvres que je vais organiser au sein d’un même projet. Cela me permet de bâtir une sorte d’écosystème. Différentes pièces me permettent ainsi d’aborder une même thématique et d’expérimenter le potentiel plastique d’un projet.

Subsea Christmas Tree, 65,5 × 50 cm, techniques mixtes sur papier arches, 2014 © Aurélien Vret

Une institution que tu trouves intéressante ? Une exposition qui t’a marqué, touché ?

J’aime beaucoup Le Musée du Jeu de Paume. Sinon, l’exposition « Son et Lumière » qui a eu lieu au Centre Georges Pompidou en 2004 m’a beaucoup marqué. J’avais 17 ans, les œuvres modernes et contemporaines étaient très immersives. J’avais adoré la salle de la Monte Young, « L’Expédition Scintillante » de Pierre Huygues, ou « Mesh » de Gary Hill.

Si tu n'avais pas été artiste, qu’aurais-tu fait ? Et sinon dans la vraie vie tu fais quoi ?

Ce n’est pas envisageable pour moi de faire autre chose qu’un métier artistique. Sinon dans la vraie vie je dessine des typographies pour passer le temps.

Un(e) artiste pour remplacer le Président de la République ?

Joseph Beuys ! Car pour lui chaque personne est un artiste.

Bière ou champagne lors d’un vernissage ?

Les deux !

Portrait-Robot, prototype d’œuvre numérique : détecteur de visages, citation et système de fonte, coproduction Le Cube, avec le soutient DICRéAM du CNC, 2015 © Aurélien Vret

Un livre et/ou un disque que tu as acheté juste pour la couverture ?

Le catalogue « Avec et sans peinture » du Parcours #6 du Mac Val (le livre et la couverture ont été dessinés par Fréderic Teschner). Sinon pour le CD, je dirai « Unknown Pleasure » de Joy Division (la pochette est de Peter Saville).

Une dernière œuvre à voir avant de mourir ?

L’éruption du Vésuve de Pierre-Jacques Volaire peinte en 1767 et exposée au Musée du Louvre.

Peux-tu nous résumer ta vision de l’art en une phrase ?

« Etre plasticien c’est comme faire de la recherche fondamentale ».

As-tu une devise ?

« Do It Yourself ».


Merci Aurélien !

www.aurelien-vret.fr