Théophile Calot crée “Théophile's Papers” à Bruxelles en 2011 après avoir fait des études de graphisme à Marseille. Dans le souci de montrer une production de livre peut diffusée, Théophile crée une librairie sans avoir d'espace physique. Il oeuvre alors d’abord de manière itinérante chez des particuliers, des galeries, des centres d'art, ainsi que sur des évènements. Très vite, il s’installe dans la galerie Abilene à Bruxelles et Préface à Paris, qui toutes deux avaient également la même volonté de diffuser une jeune production et de soutenir des artistes émergents en proposant des projets audacieux.

Cette librairie l’amène de manière tout à fait naturelle à créer sa propre maison d'édition. Théophile collabore alors avec le graphiste Alexis Jacob, l’artiste Valérian Goalec et l’imprimeur Autobahn afin de produire “Éléments, structure horizontale 01”, un livre de soixantes pages imprimées sur risographe en noir et blanc, ce qui leur vaudra le Prix Fernand Baudin (le prix du plus beau livre Bruxellois et Wallons) ainsi que la médaille de bronze des plus beaux livres du monde. De quoi l’encourager à continuer à collaborer avec de nombreux artistes, graphistes et imprimeurs.

Ton meilleur souvenir lors d’une de tes collaborations avec un(e) artiste ?

Chaque collaboration est vraiment très différente. Il y a presque un an, j'ai été contacté par Adrien Vescovi, un artiste français sur lequel j'avais déjà un oeil. Nous avons débuté notre collaboration par la production d'un multiple. “You got to love me” a été édité en cinq exemplaires est nous a amené à travailler par la suite sur un livre. J’aime ce processus qui tend à produire une pièce à partir d’une oeuvre préexistante !

Tu pratiques également une activité de commissaire d’exposition. Quelle est la filiation avec l’édition ?

Lorsque je propose à un artiste de collaborer avec moi pour conceptualiser un livre, je lui propose également un espace d'exposition. La production du livre, dans l'idéal,se fait en étroite collaboration avec le graphiste, moi-même et parfois l'imprimeur. Nous offrons donc un espace d'exposition, de création et d'expérimentation comme un commissaire ou un galeriste propose un espace en trois dimensions.

Photographic study, vue d'exposition, 2016 - Victor Guti

Quel a été ton angle d’approche pour l’exposition à Marseille au concept-store Jogging ?

Pour l’exposition “Photographic Study”, j'ai proposé aux artistes invités de réfléchir à la notion de reproductibilité de leurs oeuvres. Il y avait donc deux reproductions (le scan et la photographie) des oeuvres montrées. Chaque reproduction était imprimée sur du “dos bleu” (un papier habituellement utilisé pour les affiches) et éditée en trois exemplaires. Nous avons produit une trentaine de photos au même format, que nous avons vendues à un prix unique.

Le fait de travailler sur le médium photographique était également un angle d’approche intéressant. A notre époque, beaucoup d'artistes explorent toutes sortes de médiums, sans forcément les maîtriser. Pour “Photographic Study”, j'ai proposé aux artistes de réfléchir à la notion reproduction de leur oeuvre via la photographie, alors qu'ils ne sont pas tous nécessairement photographes. C’est un challenge à relever pour eux.

Le plus difficile dans la gestion d’une dizaine d’artistes ? Le plus stimulant ?

Lorsque l'on commence un projet, on fantasme toujours sur un certain résultat en se disant qu'un tel va répondre comme cela, et lui comme cela, mais ça ne se passe jamais comme on l'espère. Mais c'est aussi ça qui est excitant : être surpris par les propositions des artistes !

Photographic study, vue d'exposition, 2016 - Alexis Jacob

Pourquoi as-tu choisi de t’associer à Early Work pour ce projet ?

Early Work et Théophile's Papers sont deux structures avec un point commun fort : soutenir et promouvoir les jeunes artistes. Nous suivons mutuellement notre travail, il était donc évident qu'une collaboration entre nous naisse un jour ou l'autre.

Quels sont les enjeux présents et à venir selon toi en terme d’exposition de jeunes artistes ?

Nous savons tous qu'il est difficile pour les artistes de se faire une place sur le marché. Chacun doit donc trouver une solution pour quand même produire et diffuser son travail. Certains ouvrent leur propre galerie ou plutôt ce qu'on appelle des "artist run space". Ce sont des espaces qui proposent souvent une programmation audacieuse malgré le peu de moyen. Certains artistes utilisent également le web qui peut être un réel médium de travail. Et bien sûr le livre !

Photographic study, vue d'exposition, 2016 - Sébastien Carpouet

Paris, Marseille ou Bruxelles comme capitale de l’art contemporain ?

Bruxelles bien sûr ! Cette ville porte en elle une énergie exceptionnelle et de très bon artistes. Mais j’ai hâte de voir ce que va devenir Marseille pour Manifesta !

La tenue idéale pour un vernissage ?

Une petite robe noire.

Tes actualités ?

Je viens de sortir un livre de Sarah Louise Barbett, une jeune artiste qui pratique autant le dessin que la musique. Je l'ai donc invité à jouer quelques morceaux lors de l'exposition “F/F, Don't read books”, qui clôture deux ans de ma résidence curatoriale à la galerie Néon à Lyon. Je remettrai le couvert avec Margaux Barthélémy, au printemps 2017 à Marseille. J'ai également sur le feux des livres qui sortiront en 2017, une exposition à la Chapelle du Quartier Haut à Sète et une autre dans un superbe lieux à Paris !

Photographic study, vue d'exposition, 2016 - Eléonore Joulin

Merci Théo !

www.theophilespapers.com